Facebook : Ton réseau est-il ton ami ?

19 mai 2010 § 2 Commentaires

Un samedi de décembre 2008, de chez eux, deux amis discutent de « mur à mur » sur Facebook et plaisantent au sujet de leur hiérarchie qu’ils qualifient de « club des néfastes ». Un de leurs « amis », au sens Facebookien du terme, ayant accès à leur mur rapporte ces propos à la-dite hiérarchie ; les trois se font licencier sur le champ.

Est-ce que cette critique méritait un licenciement ? Je n’en sais rien, je ne suis pas avocat. (Si j’avais un avis, je me contenterais juste de rappeler qu’en France le droit de critiquer sa hiérarchie est inscrit dans le code du travail, sous respect de la loi).

Mais pourquoi diable aller balancer ça sur Facebook ? Voilà une question qui m’intéresse davantage :). Facebook relève-t-il de la correspondance privée, ou est-il un espace publique  ?

Accro aux réseaux sociaux?

Source: Martin Vidberg (http://vidberg.blog.lemonde.fr)

A la base, Facebook est juste une plateforme. Inutile donc de le considérer comme nouveau phénomène qui pèse sur notre société. Comme tout outil, chacun en fait l’usage qu’il en veut.

Si on souhaite en avoir un usage privé, les paramètres de confidentialité existent, des outils ont dernièrement vu le jour pour nous aider à mieux les appréhender, et on a toujours la possibilité de ne rendre visibles ses publications qu’à un « sous-groupe d’amis ».

Dans les faits, on cumule bien souvent dans les 200-300 contacts. 200-300, ça fait bien du monde pour une conversation privée o_0. Mais ces 200-300 sont-ils des « amis » ou de simples « contacts » ? C’est là que le wording de Facebook est bien trompeur, tendant à nous faire croire que notre réseau n’est constitué que de purs amis.

Sortons 5 minutes de Facebook, et envoyons 2 emails. Le premier à un groupe de 5 personnes, en qui on a une confiance quasi-aveugle, le deuxième à la promo toute entière. Il y a fort à parier que je n’y dirais pas la même chose. On s’adapte à ses destinataires, on s’auto-modère en fonction.

En bref, on débat beaucoup ces temps-ci du non-respect de la vie-privée de Facebook. Certains problèmes sont bien réels, comme le partage des données à des applications tierces, la publication publique de nos messages par défaut… Mais juste se rappeler que Facebook est à la base un réseau publique, dont le business tourne autour des données qu’on lui fournit : en les exploitant commercialement, en ouvrant notre profil à d’autres contacts potentiels pour se développer encore et toujours plus… Bref, sur Facebook, on n’est pas chez soi. On est sur une plateforme qui nous invite à partager ce qu’on y dit.

Au final, on retiendrait :

1/ Si on souhaite se constituer un réseau privé, Facebook n’est peut-être pas la meilleure solution technologique. D’autres conviendront certainement davantage, comme hellotipi qui propose de se créer un espace exclusivement réservé d’accès à ceux qu’on y invite. Sinon, il existe toujours la messagerie pour converser en privée, et des solutions de partage de photos en ligne existent aussi.

2/ Vu que dans l’usage on fait bien souvent de Facebook un réseau publique, avec plus de 200 contacts, ce vers quoi son business est aujourd’hui tourné ; arrêtons de maudire un peu Facebook, et responsabilisons-nous 5 minutes.

En conclusion, cette affaire était cette semaine jugée aux Prud’hommes (tribunal pour les conflits du travail en France). Encore une fois, l’idée n’est pas d’arbitrer à leur place (sur les 4 magistrats, 2 ont trouvé leur licenciement justifié, 2 l’ont qualifié d’abusif ; l’affaire est reportée ultérieurement) ; mais juste de sensibiliser qu’il n’y a pas meilleur garant que soi-même du respect de notre vie privée. Effectivement, en publiant toute sa vie sur un réseau par essence publique, on peut l’endommager sérieusement.

Partie 2 : Parlons taches

Analysons maintenant toute cette histoire d’un autre angle. Qu’en ressort-il pour l’entreprise en question ? A la base, deux de ses salariés y font référence sur Facebook, dont l’usage de leurs dires ne se restreignait qu’à leurs seuls contacts, et leurs propos restaient mesurés. Aujourd’hui elle passe finalement pour l’entreprise qui a le licenciement facile…

Puisqu’on parle de délation et de licenciement, cette affaire m’en rappelle une autre qui s’est déroulée ces dernières semaines, et que je vais te narrer brièvement (à la base, je suis censé me limiter à 100 mots, mais j’ai un peu tendance à déborder :s)).

C’est l’histoire d’une blogueuse anonyme, connue sous le pseudonyme de Jess, qui publiait régulièrement des posts humoristiques sur le site du Post.fr. Dans ses publications, elle y dépeignait la vie de son entreprise, un hôtel, dont elle s’est bien gardée de ne jamais divulguer le nom, ni ceux de ses collègues qu’elle faisait intervenir. C’était une fiction bin sympathique, dont les traits des protagonistes étaient souvent exagérés pour amplifier l’aspect comique de ses posts. Jusqu’au jour où un de ses lecteurs, probablement quelque peu dérangé, a enquêté sur la véritable identité de cette blogueuse, et a réussi à l’issue de ses recherches à identifier l’hôtel en question. Rebelote, ce quidam à qui on n’avait rien demandé alerte l’hôtel, puis notre blogueuse se fait licencier :(.

Comme tout micro-phénomène Internet qui se respecte, les journalistes se saisissent de l’affaire, et sortent les articles narrant l’histoire de cette blogueuse anonyme travaillant dans un hôtel du groupe Accor à Reims qui s’est faite licencier.

Là encore, on est parti de pas grand chose, une simple série de posts humoristiques et virtuels, dont pour préserver en partie l’image de l’entreprise, s’est conclut par une fin bien plus sombre pour elle.

J’ai conscience que la communication de crise ne doit pas être évidente. Mais voici de beaux exemples de pas grand chose, dont l’impact sur l’image des entreprises concernées restait très limité et pour lesquels il n’était pas certain qu’on s’y attarde, qui se sont vite amplifiés pour se solder par de beaux échecs en terme d’image.

On en retiendrait alors :

1/ Ces évènements mineurs méritaient-ils qu’on y accorde de l’importance quant on voit leur dégénérescence bien plus négative ?

2/ Un licenciement est toujours un évènement douloureux. Pour peu que l’affaire se diffuse et porte sur des éléments moyennement probants (dans les 2 cas, les employés concernés contestent leur licenciement), chacun au final ne s’en fait que son propre jugement, bien en dépit de ce que tranchera la justice.

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