R.I.P. JIWA

11 août 2010 § 1 commentaire

Salut l’artiste. C’est depuis peu officiel, Jiwa met la clé sous la porte. La raison principale, selon son dirigeant Jean-Marc Plueger (rue89), les Minimums Garantis exigés par certaines majors du disque. Ces sommes minimales qui sont demandées quelque soit la fréquentation du site. 1 million par an, vs 300 000 € de chiffres d’affaires, effectivement il y a un problème d’équilibre.

Une alternative gratuite et légale au téléchargement qui se meurt. De son côté, Deezer s’est fait racheter par Orange. En remplacement de son service Wormee qui n’a jamais vraiment fonctionné. En même temps, un vers de terre… on a déjà vu plus sexy comme logo. Pas franchement appétissant ce rapprochement Deezer/Orange. Pour cause, la neutralité du web. Un principe fondateur d’Internet, selon lequel  le réseau et le contenu doivent rester distincts et indépendants. On en reparle un peu en ce moment, autour des rumeurs Google/Vérizon. Finalement, elle nous importe peu cette rumeur, mais elle a pour avantage de bien illustrer cette question de neutralité du réseau. Le principe : garantir un égal accès aux contenus du web quelque soit son point de connexion. Pour revenir à Deezer, il se préparerait une offre Orange pour bénéficier d’une écoute illimitée de son catalogue. A l’encontre donc de notre accès universel et égal au contenu. Comme ça ça peut paraitre superflu, mais ça fait parti des enjeux politiques du web. Bin oui, Internet est une plateforme libre. Dans le sens où on peut y accéder de n’importe quel navigateur, à partir de n’importe quelle connexion. Sans ce principe initié par ses fondateurs, il n’aurait probablement jamais décollé… Puis si demain il faut commencer à choisir son fai fonction des sites qu’on souhaite consulter, on va bien s’amuser… Puis si c’est pour revenir à un droit d’écoute illimité de musique en ligne moyennant un abonnement supplémentaire, bin autant revenir à la licence globale, c’est ce qu’elle proposait… Sauf qu’on continuait à garder son indépendance vis-à-vis de son fai… A priori Orange semble avoir une vision différente. Souhaitant reconstruire son petit Internet à lui…

Notre streaming légal ne va donc pas très bien en ce moment. Pour cause de majors du disque a priori trop gourmande. Je tiens toutefois à le préciser, Universal semble avoir été une des seules à jouer le jeu, monétisant l’accès à son catalogue à des prix raisonnables. Les autres, non. Au choix, soit elles demandaient des Minimums Garantis démesurés, soit elles interdisaient tout simplement l’accès à leur catalogue. Ai un peu de mal à comprendre leur raisonnement o0’. Face au téléchargement illégal des films, il n’y a pour l’heure pas vraiment d’alternative intéressante (je développe ce point juste après). Face à celui de la musique, bin on avait justement ces initiatives. Pourquoi ne pas avoir plus exploré cette voie ? Finalement on se retrouve à aller sur Youtube pour écouter de la musique… Plus ou moins illégalement, personnellement j’ai autre chose à faire que vérifier qu’il s’agit bien des ayants-droits qui postent les vidéos. Pourtant, pt’être bien que le streaming est la seule solution au téléchargement. Elle procure quelques avantages, celui de n’avoir à attendre et une plus grande facilité pour trouver ce qu’on cherche. Après à choisir entre des sites de musique en ligne légaux ou des plateformes vidéos plus ou moins illégales, ces majors du disque se sont peut-être trompées de partenaires…

Maintenant on peut s’interroger si ces sites en streaming sont plutôt bénéfiques ou non pour l’industrie de la musique et du cinéma. Readwriteweb nous fait justement la synthèse de quelques études sur l’impact du téléchargement. Une première chose intéressante qu’on y apprend, la consommation de la musique diffère de celle des films. Un film, tu le regardes une fois puis basta. Un morceau de musique, tu l’écoutes une fois, puis si tu l’aimes bien voudra le réécouter quelques temps. Donc autant pour les films c’est mort, en ce qui concerne la musique, proposer les morceaux en streaming peut être un bon produit d’appel au téléchargement légal. Pour faire face aux moments où on ne dispose pas de connexion Internet. Finalement, on pourrait en conclure que le streaming gratuit est tantôt négatif (faible rentrées d’argent pour les majors), tantôt positif (appel au téléchargement légal).

Pour les films, c’est plus délicat. L’article met en contradiction des études qui disent que le téléchargement a un impact négatif sur les entrées au cinéma, d’autres qu’il a un effet positif. Peut-être que notre corrélation positive « Ceux qui téléchargent vont plus au cinéma que les autres » vient du fait que ce sont deux produits de substitution mais qui s’adressent à une cible identique (ceux qui aiment le cinéma) ?? Peu importe, at’manière ce n’est pas du côté du cinéma qu’il faut aller voir. C’est un commentaire de l’article sus-cité qui nous renseigne plus précisément des enjeux du téléchargement.

L’industrie du film trouve son équilibre financier dans la juxtaposition de plusieurs sources de revenus : places de cinéma, ventes de dvd, droits de diffusion Tv… Parmi celles-ci, le cinéma tend à peine à rembourser ses propres frais de publicité et de diffusion. Une sorte de produit d’appel en soit. Mais qui ne participe pas aux frais de production du film. Juste à sa promotion… D’où on mesure mieux l’importance des ventes/locations de dvd, affaiblies par les téléchargements illégaux ou diffusions en streaming. Et en soit, s’intéresser aux effets du téléchargement sur la vente de places au cinéma n’a alors plus qu’un intérêt mineur ; ce sont bel et bien les ventes et locations de dvd qui nous importent ici…

Maintenant, remettons-nous en question… Quelle est cette société Internet où gratuité semble être considérée comme acquise ? Nous découvrant ainsi une âme de pirates, dont nous étions bien loin de nous imaginer… Sommes-nous tous devenus fous pour perdre ainsi le sens de la réalité ?

Bin dans le fond, je ne le pense pas. La réalité est qu’on n’a jamais vraiment été habitué à payer pour consommer des biens culturels. Bien avant même la venue d’Internet… Quelques années en arrière, 90% de ma consommation de films se faisait à la Tv. Même proportion pour ma consommation de musique, à la radio. Puis pour personnaliser mon écoute, je me faisais des cassettes. Parfois je m’achetais un cd, ou me le faisait prêter, lorsque l’envie m’en prenait ou l’occasion se présentait. Mais l’achat de ces cd ou cassettes vhs (bin y’avait pas de dvd à l’époque) n’était que marginal. A l’époque, je ne piratais pas, mais je consommais déjà gratuitement. Puis est arrivé Internet. On le sait, une de ses principales fonctions est d’annuler les distances physiques. C’est comme ça que je me suis vu prêter de la musique de la part de personnes que je ne connaissais aucunement, via le mulet ou autres torrents…

L’idée n’est pas ici de justifier d’une manière ou d’une autre le téléchargement illégal, mais juste essayer de rappeler que la consommation gratuite de biens culturels a toujours existée. Internet l’a facilitée, mais sur le fond rien de bien nouveau sous le soleil.

Ces dernières années, on a fait beaucoup d’efforts à essayer de nous faire assimiler qu’on n’avait pas le droit de consommer gratuitement sur Internet. A la Tv et à la radio c’est gratuit, mais sur Internet il faut payer. Sinon, t’es pirate. Maintenant c’est encore un peu plus compliqué. J’ai le droit de regarder NCIS sur M6replay, mais pas sur Megavideo. Je sais qu’il y en a un qui est plus illégal que l’autre. Mais pour le consommateur que je suis, les deux m’ont pourtant l’air bien ressemblant.

Et c’est comme ça que j’en arrive à ma petite conclusion. Plutôt que de chercher coûte que coûte à vouloir légaliser le téléchargement par des offres payantes, il aurait peut-être été plus efficace de réfléchir à de nouveaux modèles économiques. Au-delà de la VOD, vente d’abonnements, cartes prépayées… On l’a vu, la gratuité de consommation des biens culturels existe depuis déjà bien longtemps, et semble bien ancrée dans nos habitudes. Pourquoi en serait-il différent sur Internet ? Mis-à-part être schizophrène, je vois mal comment on pourrait s’en tirer. Finalement on pourrait se dire que les alternatives gratuites et légales comme Deezer ou Jiwa sont arrivées trop tard. Finalement on pourrait déplorer que certains cherchent toujours à contrer ces alternatives naissantes… Par chance, notre Secrétaire d’Etat à la Prospective et au Développement de l’économie numérique a promis qu’en Décembre, si rien n’avait changé, elle irait leur casser les genoux. Sauf qu’une fois le vers dans la pomme… Une fois les asticots dans le Jiwa… Par chance, la production de mots croisés se porte au beau fixe…

Je continue malgré moi à penser que sur Internet, gratuité n’est pas antinomique avec légalité. Non pas que je prétends détenir les clés du business model infaillible, mais tout simplement parce que j’ai envie d’y croire. Les radios fm sont depuis quelques années maintenant sur le net, M6replay fête ses 2 ans, quelque part ça n’a pas l’air d’être si infeste de diffuser sur le web… De nouveaux modèles voient le jour, comme les radios en marque blanche sur Goom radio, ou le même modèle en playlist sur Deezer… Puis le jour où on s’en ira écouter légalement de la musique sur des plateformes vidéos, bin c’est que quelque part on ne tournera plus rond

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